Introduction

La responsabilité des "fabricants de ville"

"Les bons fabricants de ville, élus, urbanistes, architectes, paysagistes, rajoutent dess choses les unes aux autres, regardent autour d'eux, sont attentifs à ce qui est déjà là, à ce qui se trouve dans son voisinage. Ils ne laissent pas le privé confisquer les trottoirs sans limites, ils préservent l'espace public, ce vide gratuit, autant qu'ils le peuvent. Ils sont précautionneux, un peu prudent peut-être, minutieux sur les détails. Ils se soucient des petites choses : les vues qu'ils créent, les courants d'air, l'ensoleillement, les ombres portées. Ils s'interrogent sur le beau, ils ne le considèrent pas comme un luxe. Ils le partagent. Les bons sont modestes. Ils acceptent de regarder les gens vivre. Et ils corrigent le tir s'il le faut. Ils ont une morale en somme. Ils ne racontent pas aux gens des sornettes sur le bonheur."

C'est par ces mots magnifiques que Sibylel Vincendon termine son livre, "Petit traité des villes à l'usage de ceux qui les habitent".
Je ne sais pas si je suis un "bon fabricant de ville", mais c'est dans cet esprit que le professionnel militant que j'essaie de travailler. Et ce n'est pas facile.
 

 

Nov. 2008

 

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Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /Mai /2007 00:30

Je vous ai déjà expliqué ici ou là combien je considérais que, une ville, c'était d'abord des individus qui vivent.
Or, lorsque l'on présente un nouveau projet, on met en général des images d'individus, "heureux d'être là", sages comme des images, lisses comme du papier glaçé. On les met même souvent à moitié transparents.
Personnellement, je trouve cela insupportable car la vie, et donc la ville, ce n'est pas ça.

Il y a quand même de sacrés différences entre des personnages de papier qui "prennent la pose" et des individus qui essaient tout simplement de vivre.
Je vous invite à comparer ces images du projet de maison de retraite dans le futur quartier d'Andromède à Blagnac dans l'agglomération de Toulouse avec celle de ce magnifique clip d'une chanson (Leave Before The Lights Come On) des Arctic Monkeys.

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Commentaires

Coïncidence je viens de tomber sur la présentation d'un livre qui me semble lié à ton post : http://pourinfos.org/fichiers/_publications_43986_images_habitees.pdf
Sur la présentation de celui-ci, cette question m'a attiré l'oeil "Comment regarder les photographies qui sont censées nous renseigner sur un espace habité ?". Il est aussi dit que ce livre est "un outil d’analyse de la photographie dans son rapport à la société."
Le lien que je fais avec les personnages de papiers tant utilisés dans les représentations de projets architecturaux, qui ne sont pas des photographies, est qu'ils représentent une certaine conformité de la part de ceux qui produisent ces images. Quel sens cela a-t-il de mettre des gens dans une pseudo attitude attendue. Allons plus loin, peut-on penser qu'ils imaginent que le lieu créé aura cette ambiance ?

Je pense que certains ne voient pas l'impact de leurs représentations dans l'esprit des gens qui découvrent ce projet.
J'avais déjà eu l'occasion de m'interroger sur cette question de l'image et de la représentation lors d'un passage à Mantes-la-Jolie où trois immeubles, les "tours" Degas, avaient été démolis début juillet 06. Cette journée avait été organisée comme une grande fête populaire par la municipalité actuelle qui n'avait pas lésiné sur les animations et la communication pour montrer qu'ils font des trucs. J'avais trouvé ça choquant comme mise en scène mais le pire est de voir que le bâtiment qui sera construit à la place de ces tours est un pôle nautique dont les photos mettent en avant des bons hommes de papier bien souriants et qui me semblent loin de représenter la diversité de ce quartier (voir la rubrique projet 2005 de l’agence Search http://www.agencesearch.fr ou cette page http://www.mantesenyvelines.fr/FR/html/modeles/Modele1_Projets.php?Id_Page=4).
Je pense qu'il faudrait plus réfléchir à ce qui peut paraître un détail pour certains mais qui pour d'autres est perçu de façon différente...
Il faudrait un peu plus d'auto-analyse des images et des messages produits par les architectes et les urbanistes. Peut-être faudrait t-il que ceux-ci soient un plus aguerris à la sémiologie…

Commentaire n°1 posté par Julien le 18/05/2007 à 08h34
Comment projeter la ville dans l'avenir, proposer un simulacre d'une réalité à venir (ou pas) ? Benoît, il me semble que la représentation "réaliste" (mes guillemets sont une précaution ici insuffisante) du clip musical que tu présente n'entretien pas et ne peut entretenir le même rapport à la ville que les projections - froides et irréelles - des urbanistes à la ville. D'un côté, le clip se rapporte à un réel tout à fait présent, bien passé à la moulinette de la prise de vue. De l'autre côté, les images des urbanistes font référence (au sens de dénoter un référent) à un imaginaire, c'est-à-dire à un référent absent, sinon dans l'esprit des dits urbanistes. Alors quel est le problème derrière tout ça ? je veux dire, au-delà de l'opinion de ceux qui aiment et de ceux qui n'aiment pas telle ou telle représentation, il faut se poser la vraie question : quel est l'enjeu de ces représentation de la ville ? Deux notions me viennent à l'esprit, proposées par le philosophe Clément Rosset : L'imaginaire : mode de saisie du réel L'illusoire : mode de déni du réel Les images des urbanistes sont-elles de imaginaires projetés, ou des illusions projetées ? L'imaginaire projeté peut-il, doit-il prendre une couleur "réaliste" ? Peut-il tenir compte des humains ? Comment imaginer la place de l'humain qui expérimentera, s'appropriera, détournera, détruira, appréciera, aimera ou détestera l'espace rêvé ? Quelle peut être la part de l'absence (voir mon blog) dans tout cela ? Il ne semble pas évident de décider entre imaginaire et illusoire, mais on ne peut, je crois, enlever à la ville le droit de se projeter, même maladroitement, même dans un rêve de formes 3D sur un écran d'ordinateur. Il faut peut-être comprendre ces images pour ce qu'elles sont, et ne pas vouloir les comparer à des travaux différents (eg. photographie), qui entretiennent un rapport différent au réel, et ne sont finalement, à mon sens, pas comparables.
Commentaire n°2 posté par boris maynadier le 07/06/2007 à 22h48
Vous posez, tous les deux, d'intéressantes réflexions qui élargissent ma réflexion initiale.
Car je n'avais pas souhaité mettre en valeur une différence dans la représentation de l'espace.

La principale différence, pour moi, est que pour la première, les hommes servent de décors pour un lieu qui est magnifié, alors que dans le second, les décors, ce sont tous ses lieux dans lesquels des êtres éprouvent des sentiments.

Une de mes grand-mères, décédée depuis peu, a vécu ses dernières années dans une maison de retraite où j'allais souvent la voir.
Une maison de retraite, un EHPAD comme on dit maintenant, cela peut paraître comme ces images : un havre de paix, de sérénité. Mais mon expérience m'inspire une vision différente. 
Une maison de retraite, c'est aussi des moments douloureux pour la personne âgée qui se sent décliner ainsi pour ceux qui la chérissent, c'est également des moments d'amour, des instants tout simples de bonheur. Beaucoup d'émotions, souvent contenues.
Une maison de retraite ne se réduit pas d'ailleurs à un lieu, elle se définit aussi par rapport à l'extérieur : les lieux d'avant pour les pensionnaires, le trajet pour les visiteurs.

Au final, il me semble que le clip illustre finalement mieux ce qu'est une maison de retraite que les images du projet toulousain...
Commentaire n°3 posté par Benoît L. le 07/06/2007 à 23h55
Merci j'ai découvert un nouveau groupe.
Commentaire n°4 posté par lyns le 23/06/2007 à 21h19
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