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Introduction

Le temps d'un livre
 

Après trois dernières années où la pratique a pris le dessus, il est temps pour moi de prendre du recul, de reprendre le temps dfe la réflexion.

Le Grand Toulouse vient de m'accorder un an de congé de formation à cette fin avec un projet de mémoire un peu particulier : un livre.

 

"Quel urbanisme pour mon territoire ? Petite introduction pour ceux qui veulent participer.", tel est son titre provisoire.

Il n'aura pas la prétention de dire au lecteur quel urbanisme est nécessaire pour son territoire, mais bien de lui ouvrir des perspectives et lui donner des éléments pour y réfléchir.

Il s'agit d'un projet global et multimédia dans lequel contenu, format et modalités de réalisation sont intimement liés et conçu pour répondre à plusieurs niveaux de lecture (citoyen intéressé, citoyen engagé, professionnel ou élu).

Dans la perspective des prochaines élections municipales, l'objectif est de publier ce livre à l'automne 2013.

 

Ce blog aura une place particulière dans ce projet comme lieu de débat pendant sa réalisation et comme support de ressources complémentaires du livre par la suite.

N'hésitez donc pas à faire part de vos commentaires et à vous inscrire ci-dessus pour être prévenus de la publications des nouveaux articles. Bref: participez !

 

Voir la note de présentation.

 

Juin 2012

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Le projet de livre

Livre QUel urbanisme pour mon territoire - page garde V2.0

19 décembre 2005 1 19 /12 /décembre /2005 14:13

"Cher monsieur, je me permets de vous écrire pour vous remercier. J'ai terminé votre enquête 80 % au bac. C'est un livre qui m'a à la fois ému (j'ai souvent eu les larmes aux yeux) et mis en colère (contre moi-même). C'est incroyable à quel point les vies que vous avez décrites ressemblent à la mienne... "

C'est ainsi que commença la correspondance entre Stéphane Beaud, sociologue, et Younes Amrani, emploi jeune dans une bibliothèque.
Il s'agit d'un document exceptionnel car à travers les confidences et les réflexions de Younes Amrani, guidées par Stéphane Beaud, les stéréotypes volent en éclats et c'est la violence sociale de notre société que l'on se prend en pleine face.

Lors des évènements de cet automne, vous avez été abreuvés d'images, de reportages, de débats. Au minimum de minimum 20 minutes par jour pendant 3 semaines soit 7 heures.
7 heures, c'est le temps qu'il m'a fallu pour lire ce livre.
7 heures, c'est le temps qu'il vous faut pour découvrir le témoignage d'un homme.
Si vous voulez aller au-delà des clichés, au-delà des analyses baclées, lisez-le.
Vous pouvez même l'offrir en cette période de Noël à vos proches, à des profs, à des policiers, à vos élus... C'est un petit geste (9€ livraison incluse), mais c'est un cadeau qui ne laissera pas insensible.

Merci à Younes Amrani d'avoir partagé avec nous ce difficile et très personnel travail de réflexion sur sa propre vie.
J'espère qu'il ira au bout de ses projets et deviendra professeur d'histoire. Il a clairement les capacités pour en être un excellent. 
A son niveau, il illustre ma conviction qu'il faut arrêter de ne voir la jeunesse de ce pays seulement comme un problème, elle est surtout notre avenir.

Je vous laisse avec la conclusion de Younes Amrani et attends vos commentaires :

"Après avoir écrit toutes ces lignes, que faut-il ajouter ? La signification de ce travail pour moi . Quelle utilité cela peut-il avoir ? Pourquoi m'être dévoilé à ce point ? Un seul mot me vient en tête : comprendre ... Cela fait des années que je sais que tout est grillé pour nous... Alors il ne reste plus qu'à comprendre. Comprendre comment on en est arrivé là. Pourquoi tant de jeunes se sont démolis ? Pourquoi tant de familles sont déchirées ? Pourquoi tant de vies sont bousillées ?... Mais par dessus tout, je voudrais que le lecteur comprenne lui aussi qu'il est d'une certaine manière responsable de ce merdier, que personne n'est innocent. On nous parle d'intégration, de Nation, de République, de citoyenneté... Prouvez-moi alors que tout ceci a un sens... ça peut  paraître prétentieux, mais ces derniers mots, je les adresse aux lecteurs de ce livre. Quel regard portez-vous sur ces jeunes que vous croisez le samedi lorsque vous faites votre shopping en famille, qui paraissent rôder comme des loups et qui vous font si peur ? Que savez-vous de leurs vies, de leurs histoires, de leurs familles ? Rien ou presque... Que savez-vous de la délinquance ? ... On vous a sûrement déjà volé votre voiture ou celle de votre voisin, votre enfant (ou celui d'un de vos proches) s'est sûrement fait malmener à l'école par ces jeunes "sauvageons" issus de l'immigration. Vous avez déjà dû croiser le regard plein de rage d'un gamin de 16 ans à qui vous n'avez rien demandé et à qui vous n'avez rien fait...
Qu'avez-vous fait pour votre République et votre démocratie dont vous êtes si fiers ? Vous l'avez peut-être sauvé du "fascisme" un soir du 5 mai 2002, et cela vous rassure. Vous avez peut-être milité dans des assoces de quartier, vous avez peut-être passé des heures et des heures de bénévolat en pensant faire le bien autour de vous, vous avez sûrement des idéaux de gauche qui vous poussent à prôner la fraternité, l'égalité, la justice sociale... Ou bien des idéaux de droite qui vous poussent à penser que tout passe par le mérite et le travail...
Pourtant, à mon sens, vous n'avez toujours rien compris, et vous ne comprendrez jamais rien... Car nous-mêmes, nous ne comprenons rien : les grands frères le nez rempli de poudre, les petits frères nerveux et haineux qui remplissent les dépotoirs que sont devenus vos prisons, le chômage vécu comme une maladie sans remède, la douleur des parents...
C'est facile d'écrire tout ça, ce ne sont que des mots... Mais, moi, j'ai vu la souffrance d'un mec qui sort de prison après trois ans pour une connerie qui n'aurait rien valu à un Français, j'ai vu la rage dans les yeux d'un jeune de 30 ans qui est au chômage depuis à l'adolescence, j'ai vu un jeune pleurer seul la nuit dans sa cage d'escalier parce qu'il en avait marre de se défoncer la tête tous les jours au shit et à l'alcool. Et je ne parle pas de tous mes amis qui sont morts de mort violente... J'ai vu la tristesse dans les yeux d'une mère qui a perdu ses enfants, la désolation dans le regard de pères courageux et travailleurs face à des fils condamnés au chômage pour la vie...
Approchez-vous de la délinquance, approchez-vous de la souffrance... Au fond, mon histoire est banale, d'autres sont plus effroyables, des histoires à vous faire perdre le sommeil et à destabiliser vos plus grandes certitudes...
Je n'ai aucune leçon à donner, aucune morale à faire, personne à blâmer. Je veux simplement comprendre, faire comprendre une chose : comment on en est arrivé là ?
Après, ça ne dépend plus de moi, ni de vous..."

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En plus de cet ouvrage paru en 2004, Stéphane Beaud est aussi l'auteur de :
- 80 % au Bac ... et après ? , paru en 2002
- Violences urbaines, violence sociale, paru en 2003, écrit avec Michel Pialoux
- Retour à la condition ouvrière, paru en 1999, écrit avec Michel Pialoux
Cet ouvrage que j'ai entamé avant mon déménagement, mais pas encore repis, est passionnant. Pendant 10 ans, ses auteurs ont enquêté sur les profondes mutations qui ont secoué la classe ouvrière à travers le cas de l'usine Peugeot de Sochaux.
Un livre dont on devrait inciter la lecture dans les écoles d'ingénieurs.

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Published by Benoît Lanusse - dans Médias
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commentaires

PaysageMan 28/01/2006 14:07

Ce livre est n°3 sur ma liste de lecture 2006 !

Pour avoir des nouvelles d'anciens copains: le site copains d'avant sur la toile (encore faut-il que vos amis soient inscrits)...en lien sur mon blog !

Oliv'

Benoît L. 23/12/2005 13:00

Je te rassure, Younes Amrani, qui est dans la même situation, n'a pas oublié ses camarades. Il dit des choses très enrichissantes à ce sujet. Le mieux, c'est encore de le lire.
Moi non plus, je n'ai pas oublié les miens. "Petite" soirée avec mes camarades du collège ce soir, on devrait être vingt / trente voire plus à nous retrouver.

llh 23/12/2005 10:15

Je connais un peu ces sociologues. Mais ce qui m'énèrve, c'est qu'on oublie ceux qui ont pas le bac. Dans mon patelin, sur une cinquantaine de jeunes, on est 3 à l'avoir eu dont mon frère. Vraiment, ça me rend dingue qu'on les oublie.

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