Introduction

La responsabilité des "fabricants de ville"

"Les bons fabricants de ville, élus, urbanistes, architectes, paysagistes, rajoutent dess choses les unes aux autres, regardent autour d'eux, sont attentifs à ce qui est déjà là, à ce qui se trouve dans son voisinage. Ils ne laissent pas le privé confisquer les trottoirs sans limites, ils préservent l'espace public, ce vide gratuit, autant qu'ils le peuvent. Ils sont précautionneux, un peu prudent peut-être, minutieux sur les détails. Ils se soucient des petites choses : les vues qu'ils créent, les courants d'air, l'ensoleillement, les ombres portées. Ils s'interrogent sur le beau, ils ne le considèrent pas comme un luxe. Ils le partagent. Les bons sont modestes. Ils acceptent de regarder les gens vivre. Et ils corrigent le tir s'il le faut. Ils ont une morale en somme. Ils ne racontent pas aux gens des sornettes sur le bonheur."

C'est par ces mots magnifiques que Sibylel Vincendon termine son livre, "Petit traité des villes à l'usage de ceux qui les habitent".
Je ne sais pas si je suis un "bon fabricant de ville", mais c'est dans cet esprit que le professionnel militant que j'essaie de travailler. Et ce n'est pas facile.
 

 

Nov. 2008

 

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Lundi 11 mai 2009 1 11 05 2009 23:47

La ville franchisée est un livre de David Mangin, Grand Prix de l'Urbanisme 2008.


Décrire un modèle urbanistique dominant

Ce livre est issu d'une recherche financée par le PUCA et qui a pour objet de décrire et analyser les formes de l'urbanisation de ces dernières décennies marquées par l'étalement urbain.
Son originalité est une approche morphologique de la "ville ordinaire périphérique" appuyée par de nombreux schémas, cartes et photos.

Au-delà des "franchises commerciales" de plus en plus présentes ("On ne se donne plus rendez-vous au carrefour, mais à Carrefour"), la "ville franchisée", c'est d'abord les "franchises territoriales" faisant l'objet d'une exception en terme de contrôle juridique et politique, avec notamment une domination du public par le privé.
L'ambition de ce livre est alors d'offrir "une grille de lecture" des mécanismes à l'oeuvre permettant "d'affiner les politiques publiques".

David Mangin commence par décrire l'émergence de "l'urbanisme de secteurs", notamment lié au découpage des territoires par les infrastructures routières et à l'urbanisme de zonage qui a spécialisé les territoires (chap. 1).
Puis à partir du cas de la France, sont étudiés la mise en place de la sectorisation des territoires (chap. 2), les mécanismes de la franchisation des villes, au sens commercial et domanial du terme (chap. 3) et l'impact des lotissements (chap. 4). 
Par la suite, à travers différents exemples aux Etats-Unis (chap. 5), en Europe, en Asie et en Afrique (chap. 6), il s'attache à montrer qu'au-delà des particularités des uns et des autres, il existent de grandes dynamiques liées à la globalisation de l'économie qui contribuent à généraliser un urbanisme de secteurs.


Quelques pistes de réflexions

C'est l'objet du dernier chapitre du livre.


3 scénarios

"L'urbanisme du réel" serait l'urbanisme de masse actuel marqué par :
- une prédominance de la voiture qui favorise l'étalement urbain,
- la diffusion (modialisation aidant) de modèles qui accélèrent et généralisent la ville sectorisée, franchisée, individuée,
- un transfert des responsabilités du public vers le privé et une marchandisation des villes qui met en crise les représentations intermédiaires politiques et physiques des territoires.
Continuer dans une telle dynamique ne lui semble donc pas du tout souhaitable.

A l'inverse, "l'urbanisme du fantasme" serait un urbanisme vertueux et écologique qui favoriserait les transports en commun et les modes doux, une urbanisation linéaire en fonction et la préservation de corridors verts.
Mais ce modèle semble de l'ordre du fantasme pour David Mangin tant lui apparaît peu probable une ville sans voitures.

C'est pourquoi David Mangin suggère un "urbanisme du possible" qui consisterait à optimiser les contraintes de déplacements et à inventer des formes urbaines moins productrices de dépendances automobiles et d'enclavements.


4 grands chantiers

Privilégier "l'urbanisme de tracés" qui prend en compte la géographie et conçoit des projets territoriaux aux différentes échelles (de la lisibilité de la grande ville aux alternatives aux extensions urbaines non maîtrisées).

Favoriser "la ville passante" pour mettre en oeuvre des objectifs de proximité et de densification grâce à un réseau maillé de voies qui relient les espaces publics structurants d'une ville, d'un territoire ou d'un paysage.
Il estime que celle-ci assurerait une plus grande sécurité routière et sécurité des biens et des personnes que la juxtaposition d'environnements "sécurisés".

Travailler la densité à partir de l'optimisation de contraintes vécues positivements (moindre dépendance à l'automobile, proximité des transports en commun, des services quotidients, des zones vertes, etc.) et promouvoir l'idée d'une densification progressive au fil du temps.
David Mangin s'interroge aussi sur le bon usage de la nature afin que cela n'entérine pas une ville éparse et notre incapacité à susciter des établissements humains à la mesure des paysages.

Permettre "une ville métisse" qui ne soit pas seulement un ensemble homogène issu d'un nombre réduit de modes de production et d'acteurs. Il suggère d'offrir des marges de liberté, d'imprévu et d'aléatoire. Un des enjeux majeurs lui paraît consister à maintenir la diversité des acteurs et leur capacité de coproduction à l'intérieur de règles simples du moment qu'est préservé un espace public continu et de qualité.


Deux notes de lectures :
Quel urbanisme pour la ville générique ? Marc Dumont
Notes de lecture - Carole Pourchez

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