Aujourd'hui est décédé François Ascher, urbaniste et chercheur, qui a beaucoup théorisé sur l'évolution de notre société, "l'hypermodernité", et ses conséquences sur
l'urbanisme.
Personnellement, "Les nouveaux principes de l'urbanisme", le seul de ses ouvrages que j'ai lu, m'a pas mal
marqué (voir les "12 thèses sur l'urbanisme" ci-dessous).
Il avait
reçu le Grand Prix de l'Urbanisme 2009 il y a moins d'un mois.
Extrait du communiqué de presse :
"Jean-Louis BORLOO revendique les raisons du choix unanime du jury en soulignant : « le jury a souhaité
donner un signal fort au monde professionnel, pour penser l’après crise financière, sociale et environnementale. Je m’associe au jury qui salue la force d’anticipation de François ASCHER sur
les questions de gouvernance, de modes de vie, de grands territoires, d’impact de la mondialisation et des flux sur l’urbanisme, le rôle majeur de la mobilité et des nouvelles technologies
-qualifiées de clean techs- venant au secours des défis du développement durable, autant de concepts précurseurs qui ont joué un rôle notable pour alimenter les projets sur le Grand Paris, et
qui ouvrent des voies pour penser l’avenir »."
Quelques documents
"Les villes se construisent sur des compromis", article du Monde du 14 mai 2009
Page de présentation par l'Institut pour la ville en mouvement.
Une note sur "Les nouveaux principes de l'urbanisme"
L'enregistrement d'une
conférence en 2006 sur les mobilités dans les sociétés hypermodernes
Bibliographie
Demain la ville ? Urbanisme et politique, Éditions sociales, 1975;
Tourisme. Sociétés transnationales et identités culturelles, Éditions de l'Unesco, 1984;
Les territoires du futur. Datar/Éditions de l'Aube, 1993, (en collaboration) ;
Métapolis ou l'avenir des villes, Éditions Odile Jacob, 1995
Le logement en questions, Éditions de l'Aube, 1995 (direction)
Ville et développement. Le Territoire en quête de sens. Éditions Textuel, 1998 (en collaboration) ;
La République contre la ville. Essai sur l'avenir de la France urbaine, l’Aube, 1998
Quand les transports publics deviennent l'affaire de la cité. Parlons en avec la RATP, Aube, 1999 ( en collaboration) ;
La société hypermoderne. Ces événements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs, l'Aube, 2001-2005 nouv.éd.;
Les nouveaux principes de l'urbanisme. La fin des villes n'est pas à l'ordre du jour, L'Aube, 2001 –poche 2004 et 2008 ;
Modernité : la nouvelle carte du temps, l'Aube/Datar, 2003 (co-direction Francis Godard)
Les sens du mouvement. Modernité et mobilités, Éditions Belin, 2005 (co-direction S. Allemand et J. Lévy)
Le mangeur hypermoderne. Une figure de l’individu éclectique, Éditions Odile Jacob, 2005 ;
Examen clinique : Journal d’un hypermoderne, Editions de l’Aube, 2007 ;
La société évolue, la politique aussi, Editions Odile Jacob, 2007 ;
La rue est à nous... tous !, Éditions au Diable Vauvert, 2007, co-dir Mireille Appel-Muller ;
Les nouveaux compromis urbains : Lexique de la vie plurielle, Editions de l’Aube, 2008.
Effet de serre, changement climatique et capitalisme cleantech, Revue Esprit, février
2008
" Douze thèses sur
l'urbanisme "
(extrait de son dossier de candidature en 2006 au Grand Prix de l'Urbanisme)
"De près de 40 ans d'enseignement et de recherche en France et à l'étranger, d'expertise, de gestion
d'institution de formation, de pilotage de programmes de recherches, de consultance, de participation à des concours, je tire un certain nombre de thèses sur ce que je considère être les enjeux
contemporains de l'urbanisme, et leurs implications en matière d'enseignement et de recherche.
1. L'urbanisme est un champ de pratiques professionnelles et sociales hétérogènes qui mobilise simultanément des
connaissances scientifiques disciplinaires, de l'ingénierie, de la conception, de l'organisation, des savoir-faire, de l'imagination, de la créativité, et qui passe par toutes sortes
d'interactions, de conflits, de compromis, de prises de risques. De plus, l'urbanisme s'exerce sur des réalités urbaines toujours singulières, chargées d'une histoire spécifique, et dans des
contextes temporels différents. L'urbanisme ne peut donc prétendre constituer en tant que tel, ni une discipline scientifique, ni un seul métier. Mais l'urbanisme doit être en mesure de
mobiliser sans cesse de nouvelles spécialités scientifiques et techniques.
2. Il fut un temps où des professionnels très expérimentés pouvaient assurer un grand nombre de tâches de
natures différentes. Aujourd'hui, l'exercice de l'urbanisme nécessite la mobilisation dans la durée de savoirs très spécialisés, d'acteurs et d'expériences multiples. Le premier enjeu est de
parvenir à mobiliser l'ensemble des compétences nécessaires. Le second est de parvenir à faire
travailler les divers spécialistes ensemble dans un dynamique commune. L'urbanisme contemporain passe donc à la
fois par des projets, car ils peuvent agréger des compétences, par des dispositifs organisationnels qui prennent d'ailleurs une importance croissante, et par des professionnels et des décideurs
capables de les initier et de les faire fonctionner.
3. Les actions urbaines s'inscrivent généralement dans des durées longues. Or nos sociétés sont marquées par des
incertitudes croissantes. Agir à long terme dans un monde incertain, nécessite donc de distinguer, d'une part les objectifs majeurs qui s'imposent tout au long de l'action, qui sont de l'ordre
du projet d'ensemble et de la stratégie, d'autre part les objectifs particuliers et plus
ou moins circonstanciels, qui sont de l'ordre de la réactivité et de la tactique. Articuler des tactiques et des
réactions à une stratégie, nécessite une forte réflexivité, c'est-à-dire de faire retour en permanence sur l'analyse des résultats des actions précédentes. L'action informe ainsi l'action, sans
pour autant verser dans l'empirisme. On peut qualifier ce type d'urbanisme de
« management stratégique urbain ».
4. La réflexivité nécessaire dans des opérations urbaines longues et complexes, remet en partie en cause la
chronologie ancienne qui commençait par des études préalables et allait à la réception des travaux, en passant par le diagnostic, les scénarios, le choix d'un programme, le projet, le montage
financier et la réalisation. Aujourd'hui, l'urbanisme est fait de multiples itérations qui bouleversent partiellement certains découpages professionnels. L'urbanisme ne peut donc plus être
limité à la planification et la conception de la ville, mais doit intégrer sa réalisation voire sa gestion.
5. Les villes étant complexes et singulières, et l'urbanisme étant constitué de multiples itérations, le projet
n'est pas seulement projet, il est aussi un analyseur des situations urbaines et un révélateur de leurs potentialités. L'urbanisme doit donc s'appuyer sur une culture du projet chez l'ensemble
de ses intervenants. Les sciences sociales urbaines elles-mêmes doivent se confronter à la logique du projet et de la conception.
6. L'espace urbain n'existe pas indépendamment des pratiques sociales qui y prennent place et qui le
co-construisent. Les formes urbaines ne peuvent donc être abordées ni comme un réceptacle passif ou strictement fonctionnel, dont les détails seraient sans implications, ni comme un outil qui
pourrait en tant que tel servir à manipuler le social. Il ne peut donc y avoir d'urbanisme qui soit
seulement spatial ou seulement programmatique. Mais le fait que le projet informe le programme comme le
programme informe le projet, ne signifie pas pour autant que leurs temporalités, leurs modalités et leurs savoirs fusionnent. Ce qu'il faut donc organiser tout spécifiquement, ce sont les
modalités d'échange, d'interface, entre les « projecteurs » et les « programmateurs ». Il faut noter que les spécialistes des sciences sociales comme les architectes peuvent être d'un côté ou
de l'autre...
7. La production de la ville mobilise des acteurs variés, aux intérêts et aux modes de fonctionnement différents
voire divergents.
Les dispositifs urbanistiques, leurs responsables et leurs donneurs d'ordre doivent donc accorder une place
particulière à l'analyse des jeux des acteurs et à leurs logiques spécifiques, pour pouvoir les associer à la conception des actions urbaines et les faire converger sur des projets communs.
L'intérêt général qu'il s'agit de faire émerger est de plus en plus « procédural », c'est-à-dire qu'il
se définit et se dessine de plus en plus tout au long d'un processus créatif, sociopolitique et
technico-économique complexe.
8. L'urbanisation continue - y compris dans les pays déjà presque totalement urbanisés - sous la forme de la «
métropolisation », c'est-à-dire de la concentration des richesses humaines et matérielles dans et autour des grandes agglomérations. La maîtrise du développement urbain, l'urbanisme à grande
échelle, mais également les choix urbains de proximité, nécessitent donc la prise en compte du fonctionnement des villes à cette nouvelle échelle métropolitaine élargie. Une métropole comme une
ville n'est ni une addition de villages, ni une mosaïque de quartiers. Elle est système et doit être pensée comme articulation dynamique entre le tout et les parties. L'urbanisme est donc fait
d'actions simultanées à diverses échelles. Aussi nécessite-t-il aujourd'hui à la fois des pouvoirs d'agglomération forts et démocratiques, et une prise en compte des intérêts locaux au plus
près des habitants et des usagers.
9. Les métropoles se développent par croissance interne, en se densifiant et en s'étendant à leur immédiate
périphérie et en se recomposant, et par croissance externe, en absorbant dans leur aire de fonctionnement des villes et des bourgs, des villages et des zones rurales. Elles forment ainsi un
nouveau type de ville, les métapoles, distendues, discontinues, hétérogènes et multipolarisées.
L'urbanisme métapolitain est donc nécessairement varié et non doctrinal, car il doit faire la ville dans des
contextes diversifiés et répondre à des demandes sociales disparates.
10. Le développement des technologies de l'information et de la communication (TIC) ne substitue pas simplement
des télécommunications aux déplacements physiques, mais il suscite de nouvelles mobilités et provoque diverses recompositions spatiales. Il contribue notamment à modifier le contenu, les
localisations et les formes des « polarisations » fonctionnelles et sociales.
Le développement des TIC a aussi des effets paradoxaux : tout ce qui se médiatise audiovisuellement tend à se
banaliser grâce au développement accéléré des performances dans ce secteur. Cela donne une valeur économique et symbolique accrue à tout ce qui ne se télécommunique pas, à ce qui se touche, se
sent, se goûte, se vit dans le face-à-face, en direct. Il en résulte deux conséquences majeures du point de vue de l'urbanisme : d'une part, la qualité sensible des lieux importe de plus en
plus, la notion d'ambiance multi-sensorielle revêtant une importance accrue ; d'autre part, l'urbanisme doit être capable de jouer avec les événements et avec « l'être-ensemble » pour donner du
sens aux lieux.
11. Le développement d'une ville dépend pour une bonne part du dynamisme des acteurs. Son potentiel dépend aussi
de toutes sortes de richesses immatérielles, de l'intensité des réseaux sociaux locaux à l'image de marque de la ville. L'urbanisme doit donc être capable de jouer non seulement sur le hard de
la ville, mais également sur le soft, que ce soit dans les tâches de développement, dans l'invention programmatique liée à la conception de projets urbains, dans la production d'événements
susceptibles de laisser des traces urbaines, dans la cristallisation spatiale des potentiels culturels et sociaux.
12. Dans une société où la très grande majorité de la population vit ou travaille dans des villes, l'urbanisme a
des responsabilités accrues en matière économique (le développement dépend pour une bonne part de la qualité des villes), en matière sociale (les différenciations spatiales menacent toujours
d'accroître les inégalités sociales), en matière environnementale (les villes constituent
aujourd'hui des éléments clefs des éco-systèmes). L'urbanisme doit donc s'inscrire dans la problématique du
développement durable, qui implique de rendre aussi conciliables que possibles, les exigences de développement économique qui sont de l'ordre de la « performance », les exigences d'équité
sociale qui sont de l'ordre de la « justice », et les exigences environnementales
qui sont de l'ordre de « l'éthique ». Il s'agit d' « axiomatiques » différentes, irréductibles les unes aux
autres.
L'urbanisme nécessite donc inévitablement des compromis, mais il est aussi potentiellement un outil possible
pour concevoir ces compromis. Il est à ce titre un instrument clef dans la gouvernance locale."
Commentaires