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Urbaniste |
Nov. 2008
(pour vous faciliter la lecture de cet article, voici une version pdf)
(article repris par Cyberarchi)
C'est ce qui transpirerait de mes écrits selon l'ami d'un ami.
Et il a tout à fait raison.
Car je revendique une conception de l'urbanisme, qui ne soit pas uniquement un champ technique, mais avant tout un choix du "vivre ensemble" et donc fondamentalement politique au sens noble du terme.
Mais attention aux raccourcis.
Ceci s'inscrit dans une réflexion globale où chacun a son rôle à jouer.
Cet article est, pour le jeune urbaniste que je suis, l'occasion de faire une synthèse de ses réflexions sur sa conception de l'urbanisme et le rôle de l'urbaniste.
Il est dans la continuité des réflexions que je développe depuis deux ans sur mon blog et vers lesquelles vous renvoient certains liens.
Ce travail n'a pas la prétention d'être une réflexion aboutie, c'est une étape personnelle et une contribution au débat.
L'urbanisme est politique
Un projet de ville...
De quoi traite l'urbanisme ?
Pour beaucoup, il s'agit de questions techniques et réglementaires : ce que l'on peut construire sur une parcelle, comment aménager une rue, une place, ...
Personnellement, je considère que l'urbanisme n'est pas une fin en soi car il n'est qu'une composante d'un projet global de ville.
Dans quelle cité (polis en grec) souhaitons-nous vivre ?
Voilà bien un sujet qui ne se limite pas à l'urbain et englobe bien d'autres problématiques : sociales, institutionnelles, économiques, etc.
Voilà bien un sujet infiniment politique.
... qui concerne tous les acteurs de la cité...
Mais ces sujets politiques ne seraient-ils que l'apanage des hommes politiques (et de leurs électeurs) ?
Même si bien des modes d'action les plus évidents en dépendent en grande partie (planification, droit du sol, opérations d'aménagement, etc.), sûrement pas.
Promoteurs, acteurs économiques, usagers participent, par exemple, eux aussi, par leurs choix et leurs actions, à la construction de la cité.
Il existe des promoteurs "Attila" qui font des coups et d'autres qui essaient de s'intégrer dans les orientations des communes.
De nombreux entrepreneurs respectent leurs salariés, d'autres non.
Quant aux usagers, ils peuvent, par leurs pratiques, influencer énormément la vie de la cité.
Un de mes amis, urbaniste lui aussi, n'est pas d'accord avec moi pour considérer tous ces choix comme politiques.
Or quand des parents, qui habitent à proximité de l'école, y emmènent leurs enfants en voiture, en se garant en double file, ce n'est pas neutre.
Même si leurs choix sont aussi influencés par des contraintes, il existe toujours des solutions alternatives. A travers ces choix, ils font donc bien la promotion de certains modes de vie. Il s'agit donc bien, conscient ou pas, d'un acte qui a une dimension politique.
... pour une politique urbaine plus efficace
Il ne peut donc y avoir de politique urbaine efficace, selon moi, sans une prise en compte de la dimension politique des modes de "construction" de la cité.
Ce serait accepter de n'intervenir qu'à la marge.
Peut-on, par exemple, raisonnablement penser résoudre les problèmes de déplacements en se contentant d'ajouter quelques infrastructures, par ailleurs souvent coûteuses ?
Avec bien moins d'argent, mais plus de volonté et de pédagogie, on pourrait sûrement obtenir des résultats intéressants en travaillant notamment sur les modes de vie pour les faire évoluer ou adapter l'offre actuelle à ceux-ci.
C'est pourquoi, on a tout intérêt à faire oeuvre de transparence afin que l'on puisse réellement parler d'un projet politique pour la ville et le mettre en oeuvre au lieu de perdre notre temps en psychodrames et demi-mesures.
Un professionnel engagé... dans des réflexions
Si l'urbanisme est politique, l'urbaniste peut-il se contenter d'être un technicien ?
Je ne pense pas, pour ma part, que l'on puisse se passer d'une utopie ni faire l'économie d'une réflexion permanente.
Une utopie : l'Homme au centre de tout
Comment traiter de la ville sans considérer les hommes ?
L'objectif n'est-il pas finalement d'offrir à chacun de vivre dans un environnement favorable qui lui permette de s'épanouir ?
Je suis , pour ma part, convaincu que collectivité et individualités ont besoin de se nourrir mutuellement pour atteindre cet épanouissement. Je crois que les hommes, comme les atomes, sont capables de créer des réactions en chaîne génératrices d'une énergie qui peut être profondément positive.
Utopiste ? Bien sûr, mais pas illuminé. Mon rapport à l'utopie ressemble à celui d'Eduardo Galeano : s'en servir pour avancer.
J'ai pensé un moment opposer l'urbaniste au médecin dont la tâche me semblait pouvoir se reposer sur une science qui lui permette d'associer un traitement à un diagnostic.
En fait, ce ne sont pas deux métiers si éloignés si l'on n'oublie pas l'importance du comportement du patient.
Je n'aurais jamais dû connaître l'un de mes grand-pères atteint d'un grave cancer quelques années avant ma naissance. Les médecins le pensaient perdu, le curé lui avait administré le dernier sacrement... Et pourtant, sa volonté de vivre fut plus forte. Il vécut 26 ans de plus !
Je crois qu'il en est des villes, comme des hommes, de l'urbanisme comme de la médecine, le diagnostic, le traitement ont certes leur importance, mais ce qui fait la différence, au final, c'est la vie.
Alors, entre une ville très architecturée, avec de belles perspectives, des espaces publics de qualité, mais aussi une société fragmentée, fragilisée, et une ville, plutôt moche, réceptacle d'une vie sociale foisonnante et épanouissante, j'ai choisi mon modèle.
Une réflexion permanente
Voici donc pour l'utopie, mais il ne s'agit pas d'une doctrine idéologique, juste une ligne directrice, essentielle pour moi, mais pas unique.
En effet, "construire" la ville est une tâche très ardue car s'entrecroisent énormément de problématiques, de paramètres, d'acteurs et de mécanismes. Vous n'avez d'ailleurs pas de pouvoirs sur un certain nombre d'entre eux, et, en plus, ils peuvent évoluer avec le temps et les lieux.
Il faut donc faire preuve d'humilité, s'ouvrir aux autres et maintenir une réflexion permanente.
Réflexion permanente de plusieurs types :
- globale ou thématique
- conceptuelle ou pratique
Réflexion permanente à trois niveaux :
- la réflexion "pure" déconnectée du territoire d'intervention
- la réflexion sur le territoire au sens large (du quartier au bassin de vie en passant par la commune)
- la réflexion sur le professionnel que l'on est.
Pour ma part, mon blog, réceptacle de mes réflexions depuis deux ans, me permet d'entamer, par petites touches, un travail de longue haleine que je serai bien incapable de mener de front.
Pas de doctrine idéologique, mais…
… derrière le professionnel, il y a le citoyen.
Et j’assume tout à fait que le professionnel-citoyen que je suis puisse avoir quelques positionnements où la conviction personnelle peut prendre le dessus sur une étude impartiale quand certaines orientations sont trop en conflit avec mon modèle utopique de ville.
Ne comptez pas sur moi pour :
- faire la promotion des résidences fermées
- considérer un golf comme le nec plus ultra des projets structurants (si, il y en a : Dax, Montauban, ...)
- accepter la ségrégation sociale
- etc.
Ces convictions personnelles, légitimes, ne doivent cependant pas avoir de répercussions sur le professionnalisme.
Pour résumé, l'urbaniste me semble avoir plus besoin d'une conscience politique (une utopie et une réflexion permanente) que d'un projet idéologique, voire d'un projet qui se réduirait à sa propre supposée "sagesse". Car son rôle n'est pas d'apporter la bonne parole, mais bien d'accompagner.
Un acteur au service des autres
Dans l'un de mes premiers articles (15/12/04), j'exposais déjà ma conception d'un urbaniste accompagnateur.
Deux ans plus tard, elle s'est développée.
Chacun à sa place
L'urbaniste n'a pas de réels pouvoirs, pas de légitimité comme les élus ou les habitants. Il ne peut pas faire la ville seul et n'est pas là pour se faire plaisir.
Si l'urbanisme est fondamentalement politique, les choix qui font la ville sont d'autant plus efficaces qu'ils sont portés par les acteurs de la ville.
Le rôle de l'urbaniste est donc de permettre aux acteurs de la ville, de la comprendre, d'ouvrir des perspectives et de choisir la ville dans laquelle ils ont envie de vivre.
La pédagogie est essentielle.
Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas parfois brusquer les débats. Je revendique le doit à l’impertinence.
L'urbaniste et l'élu
Dans les liens qui lient l’urbaniste aux acteurs de la ville, même si je considère qu’il est au service de tous, il y en a un qui est un peu particulier, c’est celui avec l’élu.
En effet, qu’il travaille au sein d’un collectivité ou dans une agence, l’urbaniste dépend, en général, directement ou non, de celui-ci.
Sa couleur politique m’indiffère.
Ce qui m’intéresse, c’est sa volonté politique, sa capacité à dépasser les clivages, à débattre, à être constructif et son projet de ville.
Entre eux, il y a des accords et des désaccords.
On est pas toujours suivi, il faut l’accepter. L’urbaniste doit alors respecter les choix qui sont faits même s’il ne les partage pas.
Si vraiment ceux-ci lui posent un problème (sur le fond ou sur la forme, d’un point de vue professionnel ou personnel), il doit en tirer les conclusions qui s’imposent.
Des projets, un projet
Comme nous l'avons vu précédemment, il y a au moins autant de projets de ville qu'il y a d'acteurs (élus, acteurs économiques, habitants, etc.). Peut-on alors parler d'un projet de ville collectif ? Pas facile.
Certaines orientations sont communes, d'autres divergentes.
J'aime bien cette idée de Francis Cuillier de "culture urbaine partagée", creuset commun autour duquel une lecture commune des enjeux peut se construire, des orientations se dégager et les divergences s'atténuer.
Je considère qu'il est essentiel que ce "dialogue" entre des projets différents aboutisse à des consensus "forts" seuls capables d'avoir une réelle influence sur la ville.
Le rôle de l'urbaniste est alors de servir de pont pour rapprocher les acteurs et dépasser les chapelles.
L'enjeu de la mise en œuvre
Concevoir un projet commun n'est pas aisé, mais ceci ne sert à rien si l'on délaisse ensuite la mise en oeuvre.
Je vous ai déjà dit que je me méfiais des projets sur papier glacé.
Cela passe, tout d’abord, par un plan d’actions :
- de toutes les tailles (les structurantes comme les petites)
- à toutes les échelles (d’un lieu précis au bassin de vie)
- avec des rythmes différents (du court au long terme)
- sur tous les thèmes (du plus sectoriel au plus global)
- vers toutes les cibles (du plus ciblé à la collectivité)
La réussite de tels projets passe aussi par plusieurs principes d’action :
- l’essentiel à l’encre indélébile, le reste au crayon : exprimer des orientations fortes tout en laissant de la souplesse
- évaluation et adaptation : accepter de ne pas pouvoir tout prévoir, ni maîtriser
- étude des processus de fabrication de la ville et innovation : trouver de nouvelles marges de manœuvre, de nouveaux moyens d’agir
- le diable est dans les détails : avoir toujours un souci d’exigence jusqu’au bout
- transparence et dialogue : ne pas avoir peur des critiques, mais les considérer comme un moyen d’améliorer les projets.
L’urbaniste n’est pas qu’un technicien, mais il en est un quand même.
Et avec les autres professionnels au service des acteurs de la ville, il doit alors œuvrer pour mettre en musique les choix qui sont faits.
Conclusion
Alors, mon urbanisme est-il politique ?
Oui car je considère que l’urbanisme est bien plus que ce domaine technique dans lequel on voudrait le circonscrire.
Dans quelle ville souhaitons-nous vivre ? Cette question du projet de ville, dont l’urbanisme est une des composantes, est un choix politique qui se pose, consciemment ou pas, à tous les acteurs de la ville.
Or je trouve que, trop souvent, on en tire pas toutes les conséquences et que l'on se prive ainsi de marges de manoeuvre.
Cette approche politique de la ville est certes plus complexe à aborder, mais aussi plus ambitieuse.
Oui, dans le sens où face à cette réflexion sur la cité, l’urbaniste ne peut rester indifférent.
Mais il doit éviter le risque de la doctrine idéologique et lui préférer une conscience politique qui repose sur une part d’utopie, de convictions, mais aussi sur une réflexion permanente.
Oui car l’urbaniste est un acteur politique qui veut accompagner les acteurs de la ville dans la définition et la mise en œuvre d’un projet de ville qui se veut partagé et dynamique.
L’urbaniste est alors, à la fois, éclaireur, rassembleur et metteur en scène.
C’est cette vision ambitieuse de l’urbanisme que je souhaite explorer.
L’ambition n’empêche pas l’humilité.
"Faire la ville" est un projet difficile qui ne peut qu’être collectif, et quand j’ai écrit, au-dessus, "urbaniste", il faut bien aussi lire "équipe".
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Le marketing de la ville par Boris
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Nos préoccupations se croisent de temps à autre. Quoi de plus normal? L\\\'urbanisme, malgrè son étendue, est après tout régi par un nombre limité d\\\'éléments dont le "surdéterminant" (pour utiliser un concept althussérien) est très certainement le politique.
La création même de la cité, n\\\'est-il pas un act éminement politique? L\\\'étimologie du mot politique ("Polis") est là pour l\\\'attester (voir mes articles sur la politique urbaine et la politique de la ville).
Je lirai ton article ce soir, mais déjà à la lecture de l\\\'introduction et de la conclusion je pense que nous partageons pas mal d\\\'idées.
A plus
"Nos préoccupations se croisent de temps à autre."
Après ton avant-dernier article qui comme l'un des miens s'intitulait "Quand le bâtiment va...", j'ai trouvé assez savoureux de découvrir, juste après la parution de cet article, que tu avais toi aussi, le même jour, écrit également sur le rapport urbanisme / politique.
J'attends donc tes commentaires.
A très bientôt
La réaction de François, géographe québecquois :
L'urbanisme n'est pas neutre
N'auriez vous pas envie de venir ici en Chine travailler dans un grand cabinet à Hong Kong ou à Pékin (pas le mien), de ceux qui font le quotidien de la ville ici, par exemple : hoparch.com.hk ? Cette expérience ouvrirait encore plus votre horizon. Faîtes moi signe si cela vous tente.
Serge Renaudie
Bonjour
Superbe article qui mérite le temps d'une lecture approfondie
Bien cordialement
Ton analyse est très juste et c'est tout à fait l'idée que je me fais de l'urbanisme : humain, rassembleur, au service du citoyen, utopique, ouvert, sans tabous.
Et puis comme je suis élu chargé de l'urbanisme et médecin, je ne peux que confirmer le rapprochement fait entre ces deux façons de soigner les hommes. D'ailleurs peut-on soigner une personne sans se préoccuper de ce qui l'entoure ? La réponse est évidemment Non.
Cet article mériterait d'être publié au-delà de ce blog.
A bientôt.
Comme promis, j'ai pris le soin de lire ton article dans sa totalité et je te confirme la très grande proximité de nos points de vue sur la question.
Permets-moi cependant de livrer aux lecteurs de ton blog quelques réflexions sur un des aspects que tu as abordés: la responsabilité du professionnel.
Je ne sais plus qui a dit que "pour changer d'urbanisme", il fallait "changer d'urbanistes" plaçant ainsi le professionnel au premier niveau des responsabilités de la fabrication de la ville.
Cela était effectivement le cas lorsque l'ingénieur, l'architecte, l'artiste, le philosophe ne faisait qu'un et qu'il répondait à un commanditaire unique, ou lorsque l'un d'entre eux était imparti de pouvoirs absolus. On a souvent qualifié ces situations de "dictature des urbanistes" ou "d'urbanisme dictatorial". Et nous en avons vu les résultats, à de très rares exceptions: des villes bien tracées et bien architecturés (comme tu le dis) mais sans âme ni vie (Brazilia, Chandighar, Dacca, etc.), des villes expo ou des villes musée.
Qui est donc le professionnel de l'urbanisme et qui fait la ville? La langue française est un peu pauvre dans ce domaine. Sous le vocable d'urbaniste, on met le technicien, l'architecte, l'artiste, le politique, le citoyen. On comprend donc aisément la difficulté de trouver un compromis entre tous ces rôles. Ce qui conduit souvent à en sacrifier un ou plusieurs, et c'est malheureusement le dernier qui est souvent sacrifié. Chez les anglo-saxons, on a masqué le problème en démultipliant les responsabilités. Celui qui planifie le territoire n'est pas celui qui conçoit la ville, qui n'est pas celui qui la dessine ni celui qui la gère et encore moins celui qui l'administre.
La fabrication de la ville est un ensemble de compromis. Je ne conçois pas un urbanisme consensuel autrement qu'autoritaire. L'urbanisme ne peut être que démocratique et, malheureusement, la démocratie à l'occidentale (c'est le seul modèle testé jusqu'à présent) crée toujours des laissés pour compte et sacrifie des minorités silencieuses.
Mais les vrais professionnels de la ville ne devraient pas en faire partie. Tout en étant des hommes de compromis, Il est de leur responsabilité de poser les vrais problèmes, de provoquer l'éveil les consciences afin de contribuer à la réduction de l'immense déficit qui existe encore dans le partage et l'appropriation de l'espace de la cité.
François> Sacré casse-tête en effet
Serge> Intéressante cette image d' "écrivain public", même si j'y trouve une trop forte connotation "faire à la place de..." qui me gène quand je pense que les acteurs de la ville doivent être plus acteurs dans la définition et la mise en oeuvre du projet de leur ville. Mais il faudrait que lise Reichen pour comprendre un peu mieux qu'est-ce qu'il attache à cette notion.
Merci pour la proposition, mais je ne souhaite pas griller les étapes. Je ne suis qu'un jeune urbaniste. Aussi pour explorer cette conception d'urbanisme poilitique développée ci-dessus, je préfère ne pas rajouter des incompréhensions culturelles et des problématiques de manque de recul dû au développement ultra rapide des villes chinoises.
Chouchou> J'attends avec intérêt ton point de vue
Edgar> Je n'avais pas pensé à toi dans ma comparaison entre l'urbaniste et le médecin, mais ta confirmation ne fait que conforter ce que je pensais.
Pour ce qui est de la diffusion de cet article, je vais suivre ton conseil. Je m'en occupe ;o)
Mohammed> Je partage ton point de vue quant à la responsabilité des urbanistes : c'est pour ça que je parle de pédagogie, de "consensus forts", de "droit à l'impertinence" et de nécessité de partir en cas de désaccords profonds.
C'est clair que la "démocratie à l'occidentale" crée des laisser pour compte (voir mon article sur la France invisible).
Comment cela se passe au Maroc ? Comment est gérée la question urbaine ? Je dois avouer que, ne connaissant pas du tout l'organisation de la société marocaine, je n'ai pas trop compris dans ton dernier article s'il fallait être pessimiste ou optimiste.
En urbanisme on ne peut qu\\\'être optimiste, justement parceque c\\\'est un domaine qui concerne tout le monde et, heureusement, tout le monde n\\\'est pas fou. La raison fini toujours par reprendre le dessus. Mais quant et à quel prix?
En France vous continuer à payer la facture des erreurs de la reconstruction et des années soixante, mais vous en avez probalement plus les moyens: financiers (les budgets accordés à Borlow sont assez consistants me semble-t-il) et institutionnels (les niveaux de contrôle et de vigilences sont nombreux et savent se faire entendre).
Au Maroc, ou les lois sont très souvent calquées sur celles de la France, nous sommes en train de repéter vos erreurs et vos hésitations, mais nous..., nous n\\\'en avons ni les moyens, ni le temps.
Nous devons donc nous mobiliser, nous battre et être plus vigilents que vous, mais les défis de développment et de croissance du pays face à la mondialisation et à la globalisation de l\\\'économie ne nous donnent pas tellement le temps.
Bonjour Benoît,
Tu m'as suggéré de venir lire ton article(Sur le blog de Magellan). voilà, c'est fait ! Je suis globalement d'accord avec tes propos, toutefois, ils sont loin de la réalité québécoise de l'urbanisme. Voici quelques commentaires sur la triste réalité québécoise..
l'urbanisme est politique au sens noble du terme.... D'accord ! Malheureusement, le sens noble n'existe plus chez nos élus et chez nos citoyens. Les premiers cherchent à rentabiliser leur territoire pour retirer une taxe foncière. La ville n'est le résultat qu'un ensemble de petits projets rentables. Le dernier des visionnaires a pris sa retraite (l'ancien maire de Québec, Magellan pourrait en parler un peu plus) et depuis les projets de ville ont cessé d'exister...
De leur côté, les citoyens qui s'activent dans le cadre des consultations publiques sont atteints du syndrome NIMBY ou encore du maintien tel quel de leur quartier en oubliant qu'ils ont été eux-mêmes acteurs du changement dans un passé pas si lointain. La participation citoyenne au bien-être de sa communauté a fait place à la participation par intérêt seulement.
Les villes au Québec ont, en raison des lois qui les régissent, un très gros défaut. et je vous cite le maire de Saint-Basile-le-Grand :"les citoyens tombent en bas de leur chaise quand on leur explique que nous [les élus municipaux] ne sommes pas là, à la base, pour offrir des services aux personnes mais pour donner des services aux immeubles". La complexité de ces services aux immeubles demandent tellement aux municipalités et le fait que les municipalités ne sont pas habilités à fournir des services aux citoyens font en sorte que le rôle communautaire des villes est de plus en plus absent. En somme, l'urbanisme politique au sens noble en est évacué....
Je crois qu'il y a exagération lorsque l'on traite de la promotion de certains modes de vie à travers nos choix. Les gens font un calcul bête et simpliste en plus d'être dicté par un quotidien souvent lourd à porter. Personnellement, je dirais plutôt qu'ils n'en connaissent pas d'autres ou que les autres connus ne sont pas adéquats pour eux. Accompagner son enfant à vélo à l'école, je suis un des rares à le faire et je le fais, pas parce que c'est VERT, mais par intérêt financier. Je préfère prendre les 7000$CAN que représente les coûts totaux d'une automobile pour faire des activités autres qu'une activité de locomotion.
À ta question comment traiter de la ville sans traiter les hommes ? mon premier commentaire donne le ton... La réflexion peut traiter des hommes, mais il faut ensuite l'opérationnaliser pour que le besoin se traduise en service aux immeubles...
Lorsque tu dis que l'important, c'est la vie, bien je crois que la vie de quartier revient aux citoyens, un espace vert avec terrains de pétanques avec une bonne centaine de personnes chaque soir, ça c'est de la vie de quartier... Malheureusement, c'est souvent l'inverse qui se produit. Chacun vit sa vie autour de sa piscine sans regarder le voisin de peur de dire bonjour ! Comment l'urbaniste peut-il contribué à créer des vies des quartiers lorsqu'il est contraint à créer des lieux de rassemblements physiques et non humain.
Mon dernier commentaire concerne l'idée de Francis Cuillier sur la "culture urbaine partagée". Dans mon vécu d'urbaniste et de conseiller des autorités de mon Ministère, je me rends compte que la lecture commune des enjeux se construit assez facilement tout comme les orientations. Le véritable défi est de maintenir le consensus lors de la sélection des moyens et des délais d'action.
J'aurais plein d'autres commentaires, mais l'idéal serait un face à face autour d'un cidre pour discuter de l'urbanité dans toute sa beauté. Je te laisse avec quelques références sur l'urbanisme québécois qui sont gratuites.... Tu pourrais même écrire pour la revue si le coeur t'en dit un de ces jours. En passant, j'ai une consoeur en stage à Lyon, si tu as des propositions à lui sur l'urbanisme français pour qu'elle l'étudie, elle apprécierait beaucoup ! Fait-le moi savoir.
L'urbaniste qui est-il ?
http://www.ouq.qc.ca/documents/Urbaniste%20votre%20service.pdf
Urbanité : la revue des urbanistes du Québec
http://www.ouq.qc.ca/Pages/publications.htm
Mes excuses,
à force de vouloir trop en écrire trop vite, j'ai laissé passer quelques coquilles de français.
désolé encore une fois !
Bonjour tout le monde,
Merci pour vos derniers commentaires, j'y répondrai prochainement dès que j'aurai un peu de temps.
D'autres critiques positives et négatives là :
http://www.aroots.org/forum2/topic_architecture_4780.html
A bientôt
comme je t'ai déjà promis , je te donne finalement mon avis.
Je l'ai dit à plusieurs reprise, si tu vois ce que je veux dire et au-contre courant par rapport à d'autres, que je trouvais ton article intéressant, il traite l'urbaniste avant l'urbanisme et c'est justement par là que tu as commencé, à priori. Par contre, pour moi, ces idées mises sur papier relevent d'un fond beaucoup plus important qu'il va falloir travailler pour finaliser tes idées et te faire comprendre par le commun des mortels. Les gens ont besoin de leur montrer le problème mais ils ont surtout besoin de trouver ensembles des solutions qui vont dans leur sens de raisonnement, c'est à dire des solutions plus concrètes qui les touchent dans leur vie quotidiennes.
Voilà, je te souhaite une bonne continuation, n'hésite pas d'envoyer tes écritures là ou je les ai lu et de nouveau je te donnerai mon avis.
bien cordialement.
ma définition de l'urbanisme :
silence et verdure.
Tu comprends pourquoi il m'est impossible de vivre en ville.
Bonsoir Benoit,
J'ai lu cet article qui est juste dans sa réflexion, bravo. J'ai même été inspiré. Je me suis donc permis d'y répondre sur mon blog si cela ne te gêne pas, en voici le lien :
http://guillaumemorin.blogemploi.com/guillaume_morin_weblog/2006/11/territoire_et_p.html#comments
en espérant que mon texte ne soit pas trop nul car je ne demande qu'à le restructurer.
Au plaisir de te lire, Guillaume