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"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"

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Mobilité et simulation de flux (2)

(suite du premier article : la simulation des flux, pourquoi ?)

La simulation des flux, comment ? 

Cet exercice peut amener des résultats intéressants, mais pas n'importe comment. Il a ses limites, il faut en être conscient. C'est pourquoi trois mots me viennent à l'esprit : humilité, temps et méthode.


Un modèle de simulation est toujours imparfait

La réalité est un système hyper complexe
Il faut donc prendre le temps d'observer, de comprendre, d'utiliser. Je pense qu'on ne le fait jamais assez. Lorsque je travaillais sur la commune de Castelnau-de-Médoc, on m'avait signalé que l'accès des écoles était problématique. Prendre ma voiture et imiter les parents d'élèves m'a fait prendre conscience de l'urgence de la situation.
Il ne faut pas oublier que tous les comportements ne sont pas rationnels, d'autres paramètres interviennent dans la mobilité comme nous l'avons déjà vu. Il faut donc se méfier quand on pense les avoir compris.
Et puis la réalité évolue. Il faut donc toujours rester sur le qui-vive.

Concevoir un modèle pertinent est une tâche délicate
Un modèle de simulation, c'est des choix de programmation, de paramètres. C'est un équilibre délicat qui a forcément ses limites. Il peut très bien refléter le système réel dans certaines conditions et en être très éloigner dans d'autres. Faire une erreur est vite arrivé mais la détecter dans un système complexe peut être très ardu (j'en sais quelque chose). Il vaut mieux donc être patient.
Un des garde-fous essentiel me semble de maintenir un dialogue entre ceux qui maîtrise le modèle de simulation et ceux qui ont une connaissance profonde du système réel.


Il ne s'agit pas de trouver le résultat d'une équation

Réaliser une batterie de tests qui ont un sens
On peut facilement réaliser beaucoup de simulations, mais cela peut être aisément pour de faibles résultats (j'en sais quelque chose). La complexité du système oblige à avoir une réflexion sur l'influence des différents paramètres et de leurs liens entre eux. Cela permet de réaliser une campagne de tests bien plus pertinente.
Il me semble enfin important de ne pas hésiter à tester des solutions alternatives. Chaque intervenant a tendance à simplifier les problèmes en fonction de sa propre problématique : l'ingénieur se préoccupe de l'efficacité du système de transport, l'urbaniste de l'impact sur l'urbain, l'habitant sur les conséquences sur sa vie actuelle, l'élu sur sa réelection (je grossis le trait bien sûr ...). Si bien qu'il y a rarement de solution complétement satisfaisante. Je pense qu'il ne faut pas avoir peur de sortir des sentiers battus, qu'il faut profiter de la liberté offerte par la simulation pour explorer d'autres voies. Avec un certain acharnement.

Savoir analyser les résultats
La multiplicité des paramètres offrent rarement des résultats clairs. Cela appelle donc à un travail important de traitement et d'analyse pour comprendre les limites, les marges de manoeuvre. Le diable est dans les détails.
Il ne faut pas cependant perdre de vue le système global. La capacité à prendre du recul doit être préservée.


Comment utiliser sa connaissance du modèle ?

Un outil de compréhension et de décision
Les résultats des tests de simulation intéressent bien sûr les différents acteurs : professionnels, élus, citoyens. C'est pour eux une base d'analyse et de positionnement.
On ne peut donc se contenter à communiquer des résultats. Ceux-ci n'ont aucune valeur si on ne les associe pas à des limites, à des paramètres de simulation, à des marges de manoeuvre.

Une question de responsabilité et d'efficacité
Il s'agit pour moi d'une question centrale, bien souvent négligée.
Un chiffre laché dans la nature vous échappe très rapidement. Les dégâts dus à une mauvaise interprétation peuvent être énormes.
Il faut donc faire d'autant plus oeuvre de pédagogie que le rapport est synthétique. Il faut transmettre la complexité de telle manière qu'elle soit abordable, arriver à être simple sans être simpliste.
L'efficacité passe par là.

Petite illustration (données hypothétiques)
Imaginons une étude sur la saturation du périphérique d'une agglomération.
Se contenter de dire que celui-ci arrivera à saturation en 2020 n'est pas acceptable. Ceci le sera, en effet probablement, en conservant les tendances lourdes actuelles. La seule solution au problème vu sous cet angle semble d'augmenter la capacité de l'infrastructure.
Or certains paramètres peuvent offrir des marges de manoeuvre. Le taux d'occupation des voitures, par exemple. Celui-ci est en général très faible, de l'ordre de 1,2 personnes par véhicules. Imaginons que le prix de l'essence continue d'augmenter, on peut très bien penser que le co-voiturage connaîtra une popularité grandissante. Le taux d'occupation des véhicules pourrait alors augmenter, ce qui se traduirait par moins de véhicules. Or je vous ai déjà dit que la différence était parfois infime entre un système fluide et un système saturé. La collectivité peut alors choisir d'accompagner le mouvement.
Il y a rarement une solution, il faut donc présenter correctement les différentes alternatives.


Les logiciels de simulation

Ah oui, bien sûr il faut aussi savoir utiliser les logiciels de simulation, mais je considère que si vous avez conscience des limites évoquées ci-dessus, il s'agit d'un problème accessoire.
C'est, pour moi, avant tout une question d'attitude et de méthodes.

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Lorsque j'ai écrit mon mémoire de fin d'études (en espagnol), j'aurai pu en faire un document de réflexion, pour moi-même, sur la simulation des flux comme développée ici. A l'époque, j'ai pris le parti d'en faire un document de travail afin de capitaliser mes connaisances du modèle et pouvoir les transmettre aux autres membres du projet.
Avec le temps, on affine ses méthodes de travail, on élargit ces perspectives, mais je trouve que ce document est assez sympthomatique d'un certain nombre de convictions que le professionnel que je suis aujourd'hui porte toujours. C'est plutôt rassurant, non ?

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