"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"
Le logement social a bien changé
Dites "logement social" et tout le monde entend "tour", barre", "délinquance"...
Or le logement social d'hier est bien éloigné de celui d'aujourd'hui.
Les typologies ont évolué : petits collectifs, habitat groupé, ... Et certaines réalisations sont très intéressantes.
Les opérateurs aussi ont changé. A côté des offices publics, une myriade d'opérateurs publics ou privés sont apparus. Le logement social est devenu un secteur concurrentiel.
Les locataires aussi sont différents. D'abord parce qu'une part importante de la population a accès au logement social. Il y a donc deux types de logement social : le "très social" et le "social tout court" aux loyers plus élevés. Devinez quel type est privilégié par les opérateurs privés et par certains élus soucieux de ne pas créer de remous ?
Défiscalisation et logement social
Et voilà qu'est entré en vigueur hier le "Borloo populaire", créé par la loi Engagement National pour le Logement, qui en offrant de généreux cadeaux fiscaux entend attirer les investisseurs vers le logement social.
Mais quel logement social ?
Sûrement pas du "très social", ça s'est déjà sûr, mais si déjà c'était du "social" de bonne qualité, cela ne me ferait pas si peur.
Car on a déjà l'exemple du de Robien et de ses dégâts :
- résidences mal situées,
- qualité architecturale minimaliste (pauvreté des façades, des espaces collectifs et surfaces des logements réduites),
- qualité de la construction pas exeptionnelle (les logements étant vendus par réseaux avant et les propriétaires ne visitant jamais leurs biens, la finition a moins d'importance),
- mauvais entretien (les propriétaires attendent d'abord un retour sur investissement),
- etc.
Je ne dis pas que certaines de ces résidences ne sont pas des réussites (surtout quand le programme a mixé accession et investissement locatif), mais que ce dispositif crée déjà des problèmes aujourd'hui (encore un article cette semaine) et que nombre de ces résidences seront les quartiers en difficulté de demain car elles risquent de mal viellir.
Toujours est-il que c'est le dispositif que l'on a copié pour construire plus de logement social et que cela ne m'inspire pas du tout confiance.
En effet, ce n'est pas un mode de production de logements, de lieux de vie, mais de défiscalisation. "Ah bon, il y a des gens qui vont vivre dedans ?"
Des initiatives intéressantes
Je vous ai déjà entretenu du projet de Bille-en-tête, association dont je faisais partie à Bordeaux, de logements relais construits par des jeunes en formation qui en seraient les premiers locataires.
Malheureusement, malgré un concept apprécié et les encouragements, les nombreuses promesses ne se sont jamais concrétisées.
Aujourd'hui, c'est une autre tentative, signalée par la Dépêche, de faire du logment social autrement qui est à l'origine de cet article.
En effet, l'AERA (Action études et recherches en architecture. Centre méridional de l'architecture et de la ville) a lancé l'an dernier un programme expérimental, financé par le ministère du Logement, la Fondation de France et la Fondation Abbé Pierre.
Il s'agit de mettre en place des coopératives d'habitation à vocation sociale et participative.
Le mécanisme est celui de l'accession progressive à la propriété: la mensualité que chaque locataire paye lui permet d'acquérir des parts sociales de la SCI (société civile immobilière) propriétaire de l'immeuble. Au terme d'un amortissement normal (35 ans environ), toutes les parts auront été attribuées, les locataires seront devenus progressivement et solidairement propriétaires de leur résidence, et ce pour le prix d'un loyer HLM classique.
La participation des futurs locataires / propriétaires ne se limitent pas au financement, mais également à la conception.
Plusieurs sites sont étudiés, deux projets semblent même assez avancés (30 logements à Venerque et 60 au Mirail à Toulouse) .
Je vais essayer de me renseigner. -> le site d'AERA
Affaire à suivre.