"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"
Comme promis, voici une note sur le premier article du livre "La ville au limite de la mobilité".
Ce texte aurait pu être placé à la fin de l'ouvrage est prétendre clore le programme de recherche à l'origine de cet ouvrage collectif. Placé au début, il offre un premier canevas d'approche globale qui est une invitation à découvrir le travail des autres chercheurs.
Vous constaterez que l'on retrouve de nombreux points que j'ai abordés, ou juste effleurés, ici ou là. Cet ouvrage est donc l'occasion pour moi d'approfondir mes réfléxions.
L'article complet
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Une anthropologie de la mobilité
On a longtemps limité la mobilité à une approche focalisée sur les transports (équipements, un individu=un individu, navettes domicile-travail). A travers ce programme, ce sont non seulement les pratiques de la mobilité qui ont été étudiées, mais également comment celles-ci sont vécues.
Et si c'est un sujet que j'ai abordé (L'usage, l'urbanisme des habitants, Vies et lieux de vie, "La rue est à nous ... tous !"), cela va beaucoup plus loin, notamment à travers une vision intensive de la mobilité :
- la relation des individus avec leurs territoires est ainsi appréciée à travers les déplacements qu'ils font, mais ausi de ceux qu'ils ne font pas. De nombreux périurbains ne fréquentent jamais les centre-villes, mais en tient-on compte ?
- l'auteur distingue 3 modes de mobilité : les mobilités physiques à toutes les échelles, les mobilités virtuelles (téléphone, TV, Internet, ...) et les mobilités mentales ou représentationnelles (le territoire des origines reste, par exemple, un territoire de référence tout au long de la vie).
- il dégage également 3 registres de mobilité : les mobilités stratégiques (immigration, déménagement, quitter la ville pour la campagne, etc.), les mobilités quotidiennes et celles incorporées (coordination psychomotrice, régulations culturelles de la distance à l'autre, ...).
Profondément liée à notre vie sociale, la mobilité serait influencée par les appartenances sociales et culturelles, et réciproquement.
On pourrait donc distinguer des "communautés mobiles", groupes sociaux définis à partir de leur inscriptions territoriales, de leurs pratiques de la mobilité et des dispositifs techniques qu'ils mettent en oeuvre.
Le kaleidoscope des territoires
Le territoire a longtemps était une institution qui a profondément socialisé ses membres (modes de vie, language, sentiment d'appartenance, etc.).
Or aujourd'hui, ceci est beaucoup moins vrai. On peut vivre dans une commune, travailler dans une autre, faire ses courses dans une troisième sans jamais participer à la vie de sa commune de résidence. On peut vivre dans une ville sans jamais mettre un pied dans une grosse partie de celle-ci. C'est un peu ce que je voulais vous montrer avec mes cartes sur "mon Toulouse" (je vais les remettre à jour).
Il existe, par conséquent, un décalage important entre les territoires tels qu'ils sont pratiqués, vécus et les territoires de l'action publique.
Sur quel(s) modèle(s) penser alors le développement des terrioires dans une société mobile ?
D'autres notions sont bousculées.
Alors que l'on aurait pu croire que la croissance de la mobilité pouvait faire disparaître la proximité, il semblerait en fait que l'on observe une reconfiguration complexe du proche et du loin.
La conception traditionnelle de la centralité (centre-périphérie-frontières) est également remise en cause. Les études mettent en lumières des centralité éphémère ou intermittentes, des centralités liées à certains types de mobilités (ex : loisirs, etc.).
L'image du territoire est alors brouillée car elle est devenu un agencement de multiples facettes qui dépendent du point de vue adopté.
Les objets intermédiaires entre mobilité et territoires
On a l'habitude de limiter ceux-ci aux grands équipements (routes, voies ferrées, ...).
Mais c'est une vision plus large qui est abordée dans le programme. Elle inclut aussi bien le mobilier urbain, les tenues vestimentaires que l'ordinateur.
Ces objets sont aussi des dispositifs de fonctionnement collectif de plus en plus complexes (ex : les règles d'organisation dans une famille) qui permettent une individualisation croissante (à ne pas confondre avec autonomie).
Or, on a trop souvent tendance à imaginer que l'usage de ces différents objets liés à la mobilité va de soi et à négliger leur influence alors qu'ils sont, en fait, d'importants moyens de discrimination en fonction de la capacité de chacun à les utiliser.
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