"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"
Observatoire de l'habitat, observatoire des déplacements, observatoire des formes urbaines, observatoire des observatoires, depuis de nombreuses années, les collectivités locales, notamment, mettent en place des observatoires thématiques en place pour mieux connaître leur territoire.
Depuis quelques années, on note une évolution vers une démarche plus réflexive et réactive.
Il ne s'agit plus seulement de faire un constat, plus ou moins régulier, plus ou moins espacé, mais bien d'un processus permanent tout au long des projets. Le constat tend à devenir une démarche d'évaluation et d'aide à la prise de décision.
Mais un ensemble d'observations thématiques, même très complet, suffit-il à rendre compte d'un territoire ? Une démarche systémique ne serait-elle pas plus efficace pour mieux prendre en compte l'imbrication croissante des échelles et des problématiques ? Mais comment mettre en place une telle démarche ?
Ces intéressantes questions (que j'ai déjà abordées ici ou là) sont l'objet du mémoire de DESS de Christine Brocas dont voici la conclusion pour vous mettre l'eau à la bouche.
Le mémoire
Pour contacter Christine
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CONCLUSION
L’enjeu de cette réflexion est de rendre compte des évolutions de l’activité d’observation des agences d’urbanisme, comme outil d’aide à la décision, qui doit aujourd’hui répondre à de multiples enjeux.
La première piste de travail consistait à analyser les impacts des nouveaux cadres institutionnels et législatifs sur cette mission d’observation.
Par le renouveau de l’action publique, le rôle d’accompagnement de l’activité d’observation tout au long du processus de décision est reconnu, renforcé et élargi.
Désormais, l’observation doit sans cesse faire preuve de sa capacité à être en phase avec les évolutions spatiales et sociétales et à la fois en avance, en décalage avec des territoires institutionnels figés, et ainsi avec les pouvoirs locaux : elle doit pour cela être toujours plus réactive.
Son rôle dans le processus de décision se trouve par ailleurs élargi : l’observation est de plus en plus sollicitée dans toutes les phases de la décision publique, avec l’introduction grandissante de l’évaluation « concomitante ». Afin de permettre des réajustements de l’action publique, l’observation doit être une activité pérenne, capable d’être en adéquation avec les mutations permanentes de la société, et de retranscrire constamment ces nouvelles réalités.
La deuxième piste de travail concernait le développement de l’observation urbaine et de la transversalité.
Cette notion de transversalité, apparaît dans les récents textes de lois sur l’action publique, et devient le maître mot des nouveaux documents d’urbanisme. Par transversalité de l’observation, on entend donc ici un regard croisé dans l’analyse des phénomènes et des espaces urbains.
La complexification des phénomènes urbains, l’imbrication croissante des échelles territoriales, l’élargissement des espaces vécus, supposent en effet de dépasser les approches sectorielles habituelles et de parvenir à une approche plus croisée. C’est par le développement de cette démarche que l’action publique tendra vers plus d’efficacité : l’observation transversale permettrait ainsi de soulever les principaux enjeux territoriaux indispensables à la définition des priorités d’action.
Les démarches d’observation urbaines progressent : elles permettent de plus en plus d’appréhender les changements, d’inscrire leurs analyses dans une lecture temporelle des espaces. Cependant, elles se limitent encore actuellement à une approche multi thèmes, certainement indispensable pour une connaissance très fine de différents domaines, mais s’avérant insuffisante à la lecture des espaces actuels.
Le faible développement de cette approche peut s’expliquer par un modèle de penser et d’agir sectoriel encore dominant ; par les difficultés de mise en oeuvre de la transversalité.
La mise en place d’une approche systémique dans l’observation est difficile, comme l’a révélé le programme ACTEUR. L’analyse de ce programme a particulièrement souligné l’impossibilité de transposer l’ensemble de cette démarche à une échelle locale, principalement pour des raisons techniques et financières. Il ne faut pas oublier par ailleurs que l’observation, par son rôle d’accompagnement des politiques, revêt une portée opérationnelle, elle doit donc être fonctionnelle rapidement.
Pour cela, les expérimentations d’une démarche systémique devront émerger de façon ascendante, une fois que les décideurs locaux auront mesuré l’utilité d’une telle démarche.
Ce n’est de plus que par une observation des particularités de chaque contexte local, que pourront émerger des politiques plus territorialisées.
Nous avons vu que la réalisation de cette approche systémique n’est possible que si certaines exigences sont respectées : apport d’une vision qualitative, définition d’indicateurs pertinents, allers-retours dans les échelles spatiales d’une part, dans les échelles temporelles d’autre part.
Cette approche, en renouvelant les méthodes d’observation, interroge la capacité des professionnels à s’ouvrir à d’autres disciplines. Un des apports du programme ACTEUR aura été d’ouvrir la voie à une acculturation de tous les partenaires engagés dans la démarche, en favorisant le décloisonnement entre institutions, et en ouvrant des passerelles avec le monde de la recherche, trop souvent isolé.
L’approche systémique invite alors à un changement progressif des mentalités chez les décideurs et chez les professionnels de l’urbanisme, condition de réussite de l’observation transversale.