"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"
"Quel est votre opinion sur l'oeuvre du progressiste (si je ne fais pas d'erreur) Niemeyer?" m'avez-vous demandé à la fin de mon introduction sur l'urbanisme.
Je ne peux pas vous donner d'opinion sur Niemeyer (l'urbaniste qui a dessiné Brasillia, la capitale du Brésil pour ceux qui ne connaissent pas) pour la bonne raison que je ne le connais pas assez et que je n'ai pas la prétention, moi apprenti urbaniste, de porter un avis pertinent sur son travail.
Si je ne me sous-estime pas, je ne me sur-estime pas non plus. Or je ne suis pas un théoricien, mais un praticien. J'ai besoin de connaître le terrain, les problématiques, ...
Petit, j'étais quelqu'un de très matheux et logique, et lorsque j'ai joué à simcity, j'étais un représentant, sans le savoir, du courant progressiste. Quand j'ai entamé mon virage professionnel vers l'urbanisme, j'ai essayé de rejouer à ce jeu. J'en ai été incapable car je ne pouvais plus me résoudre à cette ville uniquement virtuelle. Dans toutes villes, il y a des êtres humains et cela fait une sacrée différence!
Quelles que soient les théories mises en oeuvre, les usagers ont un pouvoir de transformation très important. Les villes espagnoles sont pour moi un excellent exemple. Pas forcément très belles (hormis les quartiers anciens), elles se distinguent par l'utilisation de l'espace public par ses habitants. Après quatre ans à Toulouse, je ne suis devenu un urbain qu'à Valence en Espagne.
Le conceptuel, les théories, le travail des grands noms de l'urbanisme peuvent être ingurgités et resortis tels que nous les avons lus ou cru comprendre. Conscient qu'il s'agit de problématiques, de raisonnements complexes, j'ai un autre rapport avec ceux-ci. Je m'en sers pour éclairer mes réflexions, pour ouvrir de nouvelles portes dans mon cheminement intellectuel, au même titre que mes expériences et celles des autres.
Domaine difficile que l'urbanisme où il faut savoir se projeter sans oublier la réalité et notre faillibilité, savoir agir sans compromettre l'avenir, penser et écouter. Cela passe nécessairement, pour moi, par l'humilité et un travail collectif qu'accompagne l'urbaniste.