"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"
En cette période électorale, de nombreux groupes et lobbies interviennent.
Les questions de la ville et du logement sont présentes, mais ont du mal à émerger.
Des manifestes très politiques
Architecture 2007
Les architectes ont lancé depuis plus d'un an une démarche de réflexion et de diffusion nommée : "Architecture 2007".
Celle-ci a donné lieu à un document assez touffu de plus de 40 pages. Intéressant, mais à la lecture pas très engageante.
Une vidéo (voir ci-dessous), une interview audio, une campagne d'affichage, un blog, l'ordre national des architectes s'est donné de gros moyens, même si ceux-ci ne sont pas forcéméent gages d'efficacité (il y a, par exemple, très peu de commentaires sur le blog).
Vous noterez que les architectes ont quand même une assez haute idée de leur valeur puisque leur projet s'appelle "La France de demain a besoin des architectes". Cela s'entend d'ailleurs dans la vidéo.
Un projet pour la France urbaine
Les urbanistes, via le CFDU dont je suis membre par l'Apump, ne voulant pas être en reste ont eux aussi pondu leurs réflexions pour "peser" sur les élections de 2007 ... et de 2008.
7 enjeux prioritaires sont détaillés :
- des villes plus solidaires de leur territoire d'influence,
- une gouvernance pour les aires urbaines,
- un lien entre organisation urbaine et déplacements,
- les quartiers en crise, lieux d'intervention prioritaires,
- les espaces naturels et agricoles comme patrimoine rare,
- habitat et services diversifiés, fondements de la mixité urbaine,
- un investissement nécessaire dans la prospective.
Vous y trouverez un grand nombre d'idées que je partage et que j'ai évoquées ici ou là comme la gouvernance des territoires (Toulouse : quel(s) territoire(s) pour quel(s) projets(s) ?, Intercommunalité, où en est-on ?).
D'autres cependant sont absents comme la nécessité, selon moi, d'intervenir sur les usages (L'usage, l'urbanisme des citoyens).
A l'exhaustivité des architectes, ils ont préféré un texte court et synthétique (avec tout de même un petit mot sur les Urbanistes), ce qui me semble plus opportun pour une première diffusion plus large.
Après, il faut l'alimenter localement (débats, expositions, etc.), ce que devrait faire l'Apump, en liaison avec l'Ordre des architectes, dans les mois à venir en Midi-Pyrénées.
Manifeste des villes de banlieue
Ville et banlieue est une association regroupant les élus, de tous bords, de 120 villes de banlieue.
En février, elle a publié son Manifeste des villes de banlieue
Un triple constat :
- on n’a pas pris la mesure du mal
- le procès fait à la politique de la ville leur paraît malhonnête
- le problème des banlieues n’est pas celui de leurs villes, mais a minima celui de la France
A partir de là, ils déclinent tout un ensemble de mesures très concrètes.
Jean-Pierre cite les principales.
Le rapport 2007 sur le mal logement de la Fondation Abbé Pierre
Un rapport essentiel trop vite enterré
D'un côté des manifestes qui, malgré leur qualité, ressemble beaucoup à des YAKAFOKON, de l'autre le rapport très complet que publie, chaque année, la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement (plus de 200 pages).
D'un côté, des projets, de l'autre une réalité à laquelle on ne peut échapper.
Comme je le supposais, la publication du douzième rapport de la Fondation, quelques jours après la disparition de son fondateur, n'a pas eu le droit aux feux des projecteurs.
Et pourtant, son contenu, dérangeant, mérite que l'on s'y penche sérieusement.
Je dirai même que, de tous les textes dont je vous ai conseillé la lecture, celui-ci fait parti des essentiels.
Une situation explosive
Le rapport de la Fondation, c'est d'abord une description et une analyse minutieuse des difficultés de l'accès à un logement adéquat.
Les chiffres sont inquiétants.
Personnes non ou très mal logées | |
| Sans domicile fixe | 100 000 |
| Personnes privées de domicile personnel (hôtel, habitat de fortune, camping, structures d'hébergement et d'insertion, meublés, etc.) | 974 600 |
| Personnes vivant dans des conditions de logement très difficiles (absence de "confort de base", surpeuplement "accentué") | 2 187 000 |
| Nombre total de personnes connaissant une problématique très forte de mal-logement | 3 261 600 |
Personnes en situation de réelle fragilité à court ou moyen terme | |
| Logements en copropriétés dégradées nécessitant une intervention publique | 750 000 |
| Personnes en situation de précarité pour impayés de loyer de plus de 2 mois | 722 500 |
| Personnes occupant un logement sans droit ni titre suite à une décision de justice prononçant l'expulsion | 160 645 |
| Personnes vivant en situation de surpeuplement "au sens large" | 3 507 000 |
| Personnes hébergées par des tiers | 823 000 |
| Nombre total de personnes en situation de réelle fragilité à court ou moyen terme | 5 963 145 |
2000 | 2006 | |
| Logements mis en chantier | 310 000 | 400 000 |
| Logements qui seront attribués sous conditions de ressources | 210 000 | 170 000 |
| Pourcentage | 68 % | 41 % |
Deux constats (en autres).
Tout d'abord, les situations les plus difficiles sont de plus en plus nombreuses et prennent des formes inconnues jusque là.
Ensuite, l'existence d'un secteur de la construction très dynamique, mais"particulièrement myope aux besoins sociaux".
A lire