"L'apprenti urbaniste n'est pas un apprenti magicien !"
C'est le titre d'un article du Monde sur Francis Cuillier dans lequel est souligné le rôle du directeur de l'agence d'urbanisme de Bordeaux dans la métamorphose actuelle de Bordeaux.
Je vous avais déjà parlé de Francis Cuillier à l'occasion de sa désignation comme Grand Prix d'Urbanisme 2006, or à travers ces deux articles sont mis en valeur quelques points intéressants.
Le tramway comme fil conducteur
"Le tramway ne peut être vu simplement comme un moyen de transport. C'est un outil de requalification de l'espace public et de recomposition urbaine, qui offre une mise en scène de la ville.
Et c'est vrai que le tramway de Bordeaux est la colonne vertébrale d'un projet beaucoup plus important dont la cohérence est clairement lisible à partir d'une carte comme celle-ci.
La grande majorité des projets de la communauté urbaine ne sont pas centralisés sur Bordeaux. En revanche rares sont ceux qui ne seront pas connectés au tramway. Le journaliste s'est donc un peu fourvoyé quand il écrit que Bordeaux a réussi à faire payer l'embellissement de son centre-ville par la communauté urbaine. --------------------------------------------- Petit bonus : une interview d'un des responsables de la Machine à lire, magique librairie bordelaise (tu rentres pour voir et tu ressorts avec 2/3 livres passionnants).
Un certain nombre de "sites de projet" sont identifiés : de nombreux centre-villes de périphérie dont la centralité sera renforcée, la plupart des quartiers de grands ensembles en difficultés ainsi que des quartiers de gares.
En effet, Bordeaux compte profiter de son réseau ferré et notamment de sa ceinture ferroviaire pour compléter son réseau de transport en commun. Ces futurs point de connexion intermodale seront eux aussi l'objet d'un traitement particulier. On devine un peu mieux à quoi pourrait ressembler en situant sur le schéma précédent cette ceinture qui croisent les trois lignes de tramway.
Il s'agit en fait d'un processus en plusieurs phases. Bordeaux a naturellement connu beaucoup de travaux les premières années car une majorité des 23 premiers kilomètres du tramway se trouvaient sur son territoire et notamment dans des sites emblématiques. Mais actuellement, alors que 22 nouveaux kilomètres (dont une partie encore sur Bordeaux) entreront en circulation en 2007, c'est d'autres territoires qui sont chamboulés. Et d'autres le seront à leur tour quand viendra la phase suivante à laquelle j'ai failli participer.
Le débat comme mode d'élaboration d'un projet collectif
Ce débat est d'abord produit par l'agence d'urbanisme de Bordeaux.
"Planifier la ville, ce n'est pas un travail que l'on peut faire seul. Cela nécessite des tas de compétences. Je rêverais d'avoir un philosophe, un historien dans l'équipe ! Je défends la vision de l'agence d'urbanisme comme lieu de débat d'idées, avec un droit à l'impertinence."
Mais il n'est pas confisquée par elle, au contraire, car Francis Cuillier prône l'élaboration d'une "culture urbaine partagée". Sont donc associés au débat élus, fonctionnaires, ingénieurs, promoteurs privés, architectes. L'article ne cite pas en revanche les habitants : simple oubli ou désir d'approfondir les débats avec des acteurs plus identifiables et opérationnels ?
Il rappelle en tout cas que la ""polis" grecque a donné aussi bien le concept de ville que celui de politique au sens noble", ce dont nous aurons l'occasion de reparler prochainement.
Vous ne serez pas surpris que j'aime beaucoup ce concept de "culture urbaine partagée" comme celui du "droit à l'impertinence".
Vers une redéfinition du rapport public / privé
"Faute d'argent public, le financement de la ville est de plus en plus privé. Il faut définir un mode de régulation dans lequel les pouvoirs publics négocient avec les acteurs privés pour définir des règles qui défendent l'équité urbaine et des projets dont la valeur ajoutée n'est pas uniquement économique, mais aussi sociale, culturelle ou éducative. La ville ne doit pas être laissée au seul marché."
C'est clair qu'aujourd'hui il faut redéfinir de nouveaux modes de régulation.
J'ai évoqué une piste à travers mon article sur le débat organisé par le CMAV : « Le problème foncier : les politiques face au marché. ».
Le monde change, ne pas s'adapter, ne pas innover, c'est aller droit dans le mur. Il ne faut pas avoir peur mais aller de l'avant.
Je trouve d'ailleurs que la réflexion finale du journaliste est très pertinente.
"Qui a dit que l'urbaniste était un simple technicien ?"
Prochain article : Un urbanisme politique ?