Dimanche 1 avril 2012
7
01
/04
/Avr
/2012
14:05
Chronique politique d’un village de France
EDITIONS ANARCHIS
Loin des clichés, un livre passionnant sur la violence, sociale, symbolique ou physique, dans la vie politique d'un
village ordinaire.
Une analyse qui, en plus, me touche particulèrement de plusieurs façons puisque originaire d'un petit village des Landes.
Quatrième de couverture
"Olignac est un petit village français des Landes de Gascogne. Au début des années 2000, les élections municipales plongent la
commune dans une atmosphère délétère. Incendies nocturnes, chiens abattus, sourdes menaces. Le "clan des chasseurs", jusqu'alors dominant, vient de perdre le poste de maire et cherche à faire
démissionner Mme Fortier, la nouvelle et vertueuse élue...
Marie Desmartis conduit son enquête au coeur de la municipalité en crise. Par une minutieuse description des rapports
quotidients de pouvoir, elle démonte pas à pas ce climat d'affrontement. Rumeurs, peurs et violences s'emparent du village et de l'ethnographe elle-même.
A l'opposée d'une science politique glacée, Maire Desmartis procède à l'exégèse interne, à chaud, des luttes de pouvoir. La
proximité aux acteurs et à leur histoire révèle, dans ce livre percutant, les ancrages, les variations et les excès des pratiques politiques de notre pays."
Un éclairage passionnant
2001, tout semble commencer par une farce : une élue d'opposition se voit désignée maire par le vote des élus, pourtant majoritaires, de la liste de l'ancien maire qui veut
ainsi l'obliger à démissionner. Mais elle décide de rester et, rapidement, cela tourne au vinaigre, surtout quand trois palombières sont incendiées.
C'est alors que démarre l'enquête de Marie DESMARTIS qui éclaire ces événements et ceux qui suivirent par un ensemble de
faisceaux dévoilés au fur-et-à-mesure dans un vrai suspense.
Parmi ceux-ci :
-
l'impact, plus d'un siècle après, de la transformation des Landes en forêt dont certains propriétaires ont bien profité au
détriment du reste de la population,
-
les conséquences des mouvements démographiques dans la vie d'un village et, par conséquent, sur les les élections
-
les difficultés particulières de la gestion des conflits et des incompréhensions dans une toute petite commune (moins de 200
habitants ici)
-
les équilibres dans une majorité qui se construit
-
les intérêts particuliers dans les positionnements et décisions.
Au crédit de l'auteur, le souci de ne pas épargner dans ses éclairages les acteurs dont elle s'est rapprochée au fil de son
enquête et de mettre en valeur, tout au long du livre, les limites de son travail.
Parmi celles-ci, on ne peut que regretter, comme elle dans sa conclusion, qu'elle n'ait pas réussi à convaincre les membres du
"clan des chasseurs" de se confier ("Je n'ai pas su donner la parole à ceux-là même qui, justement, ne savent pas la prendre et le moins que je puisse faire est de le reconnaître à
présent.").
Peut-être la parution de ce livre, 6 ans après la fin de son enquête, agira comme une bouteille à la mer.
Sommaire
Préface d'Alban Bensa : L'ordinaire de la politique
Avant-propos : Où l'on reparle de la première personne du singulier
1. Du feu que l'on mit aux poudres
2. Un pays pauvre et prometteur. Histoire polémique d'une "mise en valeur"
3. "Olignac : Chicago ou Clochemerle ?"
4. De l'unanimisme des petits villages dans lesquels "tout le monde se connaît"
5. Peur sur le village, ou de la menace comme ressource politique
6. Quelque chose qui ressemble à l'habitus
7. Mobiliser pour régner
8. Conclusion : D'un silence
Pour aller plus loin (à ne pas lire si vous voulez garder le
suspense)
L'intéressante analyse de Colette Milhé
Malgré une parution début 2012, l'auteur n'a pas indiqué ce qui s'était passé aux élections municipales de 2008. Et quand on
finit la lecture du livre, on est frustré de ne pas savoir ce qu'il est advenu par la suite.
En fait, malgré le changement des noms des lieux et des personnes, il fut facile d'identifier la commune. En résumé, la maire a
été réélue, mais cette fois-ci semble-t-il avec une liste entière puisque les conseillers élus l'ont été avec entre 70 et 57% des voix (dans les petites communes, on peut "panacher"). On peut
donc supposer qu'une deuxième liste existait mais qu'elle a été largement battue cette-fois-ci.
Derniers Commentaires